Ah ! Seigneur ! Donnez-moi la force et le courage de contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !
Poète, 1821-1867 Image : Notwist, Domaine public, Wikimedia Commons Ah ! Seigneur ! Donnez-moi la force et le courage de contempler mon cœur et mon corps sans dégoût !
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Les Fleurs du mal (1857), Appendice, Lettre et article de Barbey d’Aurevilly
… — Le ciel était charmant, la mer était unie; Pour moi tout était noir et sanglant désormais, Hélas! et j’avais, comme en un suaire épais, Le cœur enseveli dans cette allégorie. Dans ton île, ô Vénus! je n’ai trouvé debout Qu’un gibet symbolique où pendait mon image… —Ah! Seigneur! donnez-moi la force et le courage De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût!
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Mon Dieu, faites-moi la grâce que je fasse toute ma vie ma volonté et non la vôtre.
Je dois veiller à me garder le corps en bonne forme pour les vers. Et l’âme intacte pour Dieu.
Nul être au monde n’a pour moi un amour aussi pur que le vôtre, et ma foi en votre tendresse est un baume bienfaisant dont j’ai imprégné mon âme.
Ah ! Ne pourrai-je jamais passer tranquillement une heure sur ton sein, serrer mon cœur contre ton cœur et confondre mon âme dans la tienne !
De mon pouvoir sur moi je viens de me convaincre, quand on se combat bien l’on est sûr de se vaincre. Mon cœur, où plus de feux viennent de s’allumer Renonce à votre cœur mais non à vous aimer.
Ton cœur m’est tout, mon bien, ma loi, te plaire est toute mon envie ; Enfin, en toi, par toi, pour toi, je respire et tiens à la vie.
Je vous offre mon bras. Puis-je espérer encore Que vous accepterez un cœur qui vous adore ? En combattant pour vous, me sera-t-il permis De ne vous point compter parmi mes ennemis ?
Je suis obéissant ; je dois servir les hommes. Le courage me manque, et je m’y prends si mal ! Effacez-moi, je vous l’ai dit, d’un coup de gomme, o dédain du silex, ô mépris végétal !
Ah ! Je te reconnais bien là, et je n’espérais pas Pouvoir fléchir ce cœur de fer qui loge en ta poitrine, mais crains que je n’attire le courroux du ciel sur toi.
Tu trouveras, dans la joie ou la peine, Ma triste main pour soutenir la tienne, Mon triste cœur pour écouter le tien.

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