De prison en prison je traversai la Yougoslavie. J’y rencontrai des criminels, violents et sombres, jurant dans une langue sauvage, où les injures sont les plus belles du monde.

De prison en prison je traversai la Yougoslavie. J’y rencontrai des criminels, violents et sombres, jurant dans une langue sauvage, où les injures sont les plus belles du monde.

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Journal du voleur (1949)
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Oui, j’ai été un petit voyou. Vous savez, la prison, je la voyais tous les jours quand j’étais môme. Ma famille d’accueil vivait à Fresnes près de la prison.
Je pense à la barbarie des financiers internationaux, criminels de l’ordre nouveau qui fait rage et pour qui la Vie est devenue marchandise. Je pense surtout aux victimes de tout ça…
Le degré de civilisation d’une société peut être jugé en entrant dans ses prisons.
Les délinquants ? Je les mettrai soit en prison s’ils sont Français, et s’ils sont étrangers, dans l’avion !
Le malheur a été mon dieu. Je me suis allongé dans la boue. Je me suis séché à l’air du crime. Et j’ai joué de bons tours à la folie.
Tantôt j’étais un homme noir, et tantôt un ange de lumière. Je me suis vu dans la même année vanté, fêté, recherché, même à la cour, puis insulté, menacé, détesté, maudit.
En Afrique, un Blanc qui adresse la parole à un Noir n’a plus la condescendance raciste des colonisateurs d’antan ; désormais c’est bien plus violent. Désormais, il a le regard apitoyé du prêtre qui administre l’extrême-onction à un condamné à mort.
Quel endroit sinistre ! songea-t-il. Une prison sans murs, une condamnation à vie répétée en boucle. Personne n’était heureux, personne n’était quoi que ce soit ; les gens existaient, point final. C’était d’un ennui incroyable.
Un innocent persécuté prend longtemps pour un pur amour de la justice l’orgueil de son petit individu.
Ce que j’ai subi, ce que les Ivoiriens ont subi est également très dur. On ne connaissait pas les coups d’Etat, on les a eus. On ne connaissait pas la guerre, on l’a eue. Alors aux gros maux, j’ai employé de gros mots.

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