Nous sommes plus près d’aimer ceux qui nous haïssent que ceux qui nous aiment plus que nous ne voulons.
Écrivain · 1613-1680 Image : Théodore Chassériau · Domaine public · Wikimedia Commons Nous sommes plus près d’aimer ceux qui nous haïssent que ceux qui nous aiment plus que nous ne voulons.
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Réflexions ou sentences et maximes morales (1678), maxime 321
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
On peut aimer l’amour sans aimer personne ; on peut aimer un être sans aimer l’amour. L’amour, parfois, est exigeant et tyrannique, conseiller de vengeance, d’injustice et de colère ; d’autres savent aimer sans jalousie et sans haine.
Dans la vieillesse de l’amour comme dans celle de l’âge on vit encore pour les maux, mais on ne vit plus pour les plaisirs.
La jalousie est le plus grand de tous les maux, et celui qui fait le moins de pitié aux personnes qui le causent.
Ce qui nous rend si changeants dans nos amitiés, c’est qu’il est difficile de connaître les qualités de l’âme, et facile de connaître celles de l’esprit.
Le bonheur ou le malheur vont d’ordinaire à ceux qui ont le plus de l’un ou de l’autre.
La petitesse de l’esprit fait l’opiniâtreté, et nous ne croyons pas aisément ce qui est au delà de ce que nous voyons.
On en voit qui ne sont pas toujours également maîtres de leur peur ; d’autres se laissent quelquefois entraîner à des terreurs générales.
L’humilité n’est souvent qu’une feinte soumission, dont on se sert pour soumettre les autres ; c’est un artifice de l’orgueil qui s’abaisse pour s’élever.
La modération dans la bonne fortune n’est que l’appréhension de la honte qui suit l’emportement, ou la peur de perdre ce que l’on a.
Ce qui nous empêche d’ordinaire de faire voir le fond de notre cœur à nos amis, n’est pas tant la défiance que nous avons d’eux, que celle que nous avons de nous-mêmes.

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