Il pleut toujours ; j’ai faim de lumière comme de pain et ne puis plus me supporter.
Philosophe, 1913-1960 Image : Photograph by United Press International, Domaine public, Wikimedia Commons Il pleut toujours ; j’ai faim de lumière comme de pain et ne puis plus me supporter.
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Carnets III : mars 1951-décembre 1959
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La pluie montre ses dents, exige la lumière Mon envie de crier, comme un doigt qu’on déplie, tire, tire les fils du nez de la mercière Qui maigrit mais qui tourne, embobinant la pluie.
Tiens, c’est vite passé
La pluie vient de cesser
Seule sur ton nez
Il y a encore chérie,
Une petite goutte de pluie.
Tous les jours j’me couche aux aurores. Et j’pars au taf avec une gueule d’enterrement comme si j’étais croque-mort.
Minuit vient de sonner. Musique triste de la pluie sur les carreaux. Le temps coule avec lenteur, grain après grain dans son sablier géant.
La pluie pousse à ruminer ses pensées. On ne regarde pas les autres lorsqu’il pleut ; on marche tête baissée, le regard fixé sur les flaques agitées.
Quand je regarde ma vie et sa couleur secrète, j’ai en moi comme un tremblement de larmes. Comme ce ciel. Il est à la fois pluie et soleil, midi et minuit.
Il pleure dans mon cœur, comme il pleut sur la ville, quelle est cette langueur, qui pénètre mon cœur ?
La pluie tombant sur nos tapisseries comme dans la rue, et nous faisant relever, toute une nuit, pour décadrer des dessins et les sauver d’un déluge.
Je vis, je meurs : je me brule et me noie,
J’ai chaud extrême en endurant froidure ;
La vie m’est et trop molle et trop dure,
J’ai grands ennuis entremélés de joie.
Celui qui veut voir l’arc-en-ciel doit apprendre à aimer la pluie.

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