J’errais sans laisser transparaître l’errance, marchant d’un pas assuré, donnant toujours l’impression de poursuivre un but précis, de me diriger quelque part, si bien qu’il était impossible pour qui que ce soit de s’apercevoir de la mise à l’écart dont j’étais l’objet.
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- Je me rendais compte que les mensonges étaient la seule force qui m’appartenait vraiment, la seule arme à laquelle je pouvais faire confiance, sans condition. Ma guérison est venue de cette possibilité de nier la réalité.
- Suffisamment impliquée pour faire exister la relation mais suffisamment à l’écart pour y voir quelque chose. Peut-être que les gens s’en rendent compte, s’aperçoivent que je garde toujours mes distances, même inconsciemment.
- Il n’est point aisé de n’être de nulle part, quand aucune condition extérieure ne vous y contraint.
- Alors pourquoi est-ce que je me sens si vide ? Je sais que je vivais dans un monde imaginaire, mais au moins, j’étais quelque part. Aujourd’hui, je ne suis nulle part.
- Partir ne mène nulle part, j’ai mis longtemps à le comprendre; mais pour cela sans doute était-il nécessaire d’avoir fait tout le chemin.
- Mais moi, j’étais calme, planant en permanence à trois mètres au dessus de mon corps. Peut-être qu’avec moi n’était pas différent qu’être tout seul. Vous pouviez être aussi rustre que vous le vouliez, après. C’était sans doute ça qui plaisait en moi.
- Il en fut de moi comme de presque tous mes semblables lorsqu’ils se trouvent placés devant un problème de ce genre : je choisis la meilleure part... Et je manquai de force pour la garder.
- Comme j’étais parfaitement disponible, que je ne fixais pas plus en amour que dans la vie professionnelle un idéal à atteindre, on m’a désignée comme une personne sans aucun interdit, exceptionnellement dépourvue d’inhibition, et je n’avais aucune raison de ne pas tenir cette place.
- Car une fois choisie la seule action raisonnable, savoir s’enfuir au bout du monde, tout le problème était de s’en tenir là, de ne plus bouger, de ne plus agir, de ne pas accomplir autrement qu’en pensée le mouvement inverse.
- Il y a un sentiment de liberté à suivre ses caprices, et tout au contraire de servitude à courir pour son établissement : il est naturel de se croire digne de le trouver sans l’avoir cherché.
- Oublié de tous, condamné à ronger ma mémoire et mes os, j’ai gardé jour et nuit les chemins d’Ainielle sans permettre à personne d’approcher du village.
- C’était passer de nouveau à mes facultés les fers invisibles d’une vie uniforme et trop tranquille, d’une existence dont je devenais incapable d’apprécier même les privilèges, tels que la sécurité et l’aisance.
- Longtemps je n’ai pas eu de chance. À force que le hasard retombe toujours du même côté, jamais du mien, j’en suis venu à imaginer la vie comme une sorte de gigantesque conspiration, uniquement composée de membres ayant prêté serment de se liguer contre moi.
- Les lieux que l’on voulait m’interdire, je n’ai cessé d’y pénétrer. Rebelle, insurgé, impertinent, insoumis, inclassable et mal élevé, j’ai toujours refusé aux autres le droit de décider de ma vie.
- Si j’étais dans la vie comme à la scène, je serais imbuvable ! J’ai bien conscience de la personne que je suis sur les planches, avec cette tendance à de plus en plus se lâcher.