À dix-huit ans j’ai quitté ma province Bien décidé à empoigner la vie Le cœur léger et le bagage mince J’étais certain de conquérir Paris.
Poète, 1924-2018À dix-huit ans j’ai quitté ma province Bien décidé à empoigner la vie Le cœur léger et le bagage mince J’étais certain de conquérir Paris.
Poète, 1924-2018Partager sur
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Le temps des avants
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Je rêvais de m’installer marchand de bonheur en plein Paris.
L’affaiblissement de ma santé, les visites à rendre et à recevoir, la sujétion des Académies, auxquelles malheureusement ma subsistance est attachée, me rendent la vie de Paris insupportable.
J’ai vécu le Front populaire, le 6 juin 1944, la Libération de Paris… La journée d’hier les a dépassés, nous avons retrouvé la liberté.
Je viens d’atterrir et j’ai le cœur brisé pour Paris et la France. Je prie avec vous. Je prie pour Paris.
Ce que mon âge trop tendre, ma trop courte expérience et une vie abritée m’empêchèrent de voir, c’est la fortune et ses coups.
Ne pouvoir se passer de Paris, marque de bêtise ; ne plus l’aimer, signe de décadence.
Au cours de mes destins j’abandonnais ma vie.
Avec l’aide du Ciel, j’ai conquis pour vous un immense empire. Mais ma vie a été trop courte pour réaliser la conquête du monde. Cette tâche vous est laissée.
Je sus que j’entrais dans un autre monde que celui que je pouvais découvrir de la maison, et aussi que j’étais parti pour un long voyage. Il ne s’agissait pas d’aller en ville, cette fois, mais beaucoup plus loin ; un voyage comme j’en avais jamais fait.
Un jour, j’ai réalisé que je vivais dans un pays où j’avais peur d’être noir. Ce n’était qu’un pays pour les blancs. Pas noir. Alors je suis parti. J’avais étouffé aux États-Unis… Beaucoup d’entre nous sont partis, pas parce qu’on voulait partir, mais parce qu’on n’en pouvait plus… Je me sentais libérée à Paris.

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