Il avait été toute sa vie un grand séduit beaucoup plus qu’un vulgaire séducteur.
Écrivain, 1924-2016Il avait été toute sa vie un grand séduit beaucoup plus qu’un vulgaire séducteur.
Écrivain, 1924-2016Partager sur
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Le coq de bruyère
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Il avait, tout léger qu’il était et sans que cela coutât rien à sa gaieté, une certaine façon d’être, imposante, digne, honnête et bourgeoisement altière ; et son grand âge s’y ajoutait.
C’était un joueur de la grande espèce, un homme dont la vie (véritable fantasmagorie d’ailleurs) n’avait de signification et de réalité que quand il tenait des cartes…
Il s’était considéré comme un crétin il en était venu à l’accepter en tant qu’élément de sa vie.
Il avait pour lui le respect d’un homme qui a pesé la vie dans tous les trébuchets du mépris et qui trouvait que rien n’est plus beau, après tout, que la force humaine écrasée par la stupidité du destin.
Cet homme avait tant d’intelligence qu’il n’était presque plus bon à rien dans ce monde.
L’étonnant, c’est qu’il ait souffert si longtemps : il usurpait sa vie.
Il avait fait plus que de rendre justice à la docilité de Fénelon, il l’avait prédite ; les âmes droites et pures se connaissent et se devinent.
Il commença à se dire qu’il ne regrettait pas d’avoir eu une vie si tourmentée : il y avait gagné de l’expérience.
Quoi de plus salvateur en ce monde que la reconnaissance de son talent ?
Il était chargé d’un des cours de philosophie : jamais on ne vit plus amère trahison ; son dédain pour la philosophie perçait à chaque mot ; c’était un perpétuel sarcasme, où il développait une sorte de talent âpre.

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