La vieillesse devait être plus honorée dans des temps où chacun ne pouvait guère savoir que ce qu’il avait vu.
Essayiste, 1754-1824 Image : auteur inconnu, Domaine public, Wikimedia Commons La vieillesse devait être plus honorée dans des temps où chacun ne pouvait guère savoir que ce qu’il avait vu.
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Pensées, essais et maximes, tome 1 (1850), Texte entier
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Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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Vivre, c’est transformer en présence familière ce qui semblait inaccessible, en connaissance ce qui était non seulement inconnu mais insoupçonné, en compréhension ce qui était incompréhensible, en souvenir ce dont nous ne connaissions même pas l’existence.
Tous les prodiges n’avaient-ils pas leur reflet dans la réalité, et ne retrouvait-on pas dans chaque instant d’une vie naissante la splendeur de l’inaccessible et le bruissement de ce qui sera pour toujours incompréhensible ?
Les années passant n’ont pas effacé les souvenirs de cette époque bénie où tout, certes, n’était pas rose, mais si exaltant.
Le charme de la connaissance serait mince si, pour l’atteindre, il n’y avait pas tant de pudeur à vaincre.
Ce sont souvent les petites choses plutôt que la grande image que l’esprit retient le plus facilement : par exemple, il est plus naturel et plus attrayant pour des lecteurs de comprendre le sens d’un grand événement historique à travers l’histoire d’une seule famille.
Aussi étrange que cela puisse paraître, plus on connaît quelqu’un, plus ses contours deviennent flous, comme si le temps passé ensemble effaçait ce qui le distingue de vous.
Si l’image de la lumière peut nous servir encore pour illustrer, si j’ose dire, la connaissance, nos ancêtres en avaient choisi la clarté, tandis que nous optons plutôt pour sa vitesse. Le moteur de recherche peut, parfois, remplacer l’abstraction.
Il n’y avait rien à comprendre. Certains faits sont incompréhensibles et aussi durs qu’une pierre tombale et le concept d’éternité. Il faut se contenter d’en prendre acte.
C’était fou, le pouvoir d’une légende, quand on se donnait la peine d’y croire.
Je n’avais pas découvert que la ligne de fuite, trompeuse, du futur, devenait, comme dans un spectacle de magie inexplicable, l’étranglant carcan du passé. Que les projets devenaient regrets, les espoirs souvenirs, la vie la mort.

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