Tant qu’un problème n’est pas entièrement résolu, le chercheur qui s’y attache a le droit de s’en exagérer la beauté.
Écrivain, 1894-1977 Image : Dubois A., CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons Tant qu’un problème n’est pas entièrement résolu, le chercheur qui s’y attache a le droit de s’en exagérer la beauté.
Écrivain, 1894-1977 Image : Dubois A., CC BY-SA 4.0, Wikimedia Commons Partager sur
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Inquiétudes d'un biologiste
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Quant à la beauté, ceux qui peuvent y penser en travaillant, je les classe, si téméraires qu’ils se prétendent, parmi les esprits académiques.
Il faut que la beauté soit sensible, qu’elle nous procure une jouissance immédiate, qu’elle s’impose ou s’insinue en nous sans que nous n’ayons aucun effort à faire pour la saisir. Voyez Léonard de Vinci, voyez Mozart. Voilà de grands artistes !
Disséquer le corps humain, c’est détruire sa beauté ; et pourtant, par cette dissection, la science arrive à y reconnaître une beauté d’un ordre bien supérieur et que la vue superficielle n’aurait pas soupçonnée.
Pour qu’un objet soit accessible à l’analyse, il ne suffit pas de l’apercevoir. Il faut encore qu’une théorie soit prête à l’accueillir. Dans l’échange entre la théorie et l’expérience, c’est toujours la première qui engage le dialogue. C’est elle qui détermine la forme de la question, donc les limites de la réponse.
C’est une triste chose que la critique, que l’étude, que de descendre au fond de la science pour n’y trouver que la vanité, d’analyser le cœur humain pour y trouver égoïsme, et de comprendre le monde que pour n’y voir que malheur.
La science a intérêt à ne pas trop libérer l’esprit des hommes, avant d’avoir apprivoisé leurs instincts.
Si les découvertes scientifiques ont à la fois donné à l’humanité le pouvoir de créer et le pouvoir de détruire, alors elles sont en même temps un énorme défi et une grande épreuve.
Il est des circonstances qui maximisent la sensibilité et la volonté de l’analyse, parmi lesquelles est l’habitude de s’y livrer.
L’idée que se fait l’artiste de son art ou le savant de la science croît toujours en raison inverse du sentiment qu’ils ont de leur propre valeur.
La laideur, c’est rassurant : il n’y a aucun défi à relever, il suffit de s’abandonner à sa malchance, de s’en gargariser, c’est si confortable. La beauté est une promesse : il faut pouvoir la tenir, il faut être à la hauteur.

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