Une revue n’est vivante que si elle mécontente chaque fois un bon cinquième de ses abonnés. La justice consiste seulement à ce que ce ne soient pas toujours les mêmes qui soient dans le cinquième.
Écrivain, 1873-1914Une revue n’est vivante que si elle mécontente chaque fois un bon cinquième de ses abonnés. La justice consiste seulement à ce que ce ne soient pas toujours les mêmes qui soient dans le cinquième.
Écrivain, 1873-1914Partager sur
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L’Argent (1913)
Encore un mot que je n’aime pas, mais enfin la vie même requiert la liberté.Une revue n’est vivante que si elle mécontente chaque fois un bon cinquième de ses abonnés. La justice consiste seulement à ce que ce ne soient pas toujours les mêmes, qui soient dans le cinquième.Autrement, je veux dire quand on s’applique à ne mécontenter personne, on tombe dans le système de ces énormes revues qui perdent des millions, ou qui en gagnent, pour ne rien dire. Ou plutôt à ne rien dire.
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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En littérature, j’ai très souvent remarqué qu’une œuvre de qualité est fondamentalement ignorée si elle n’est pas publiée par une célèbre maison d’édition. Les plus petits éditeurs, moins prestigieux, ne jouent aucun rôle dans les revenus publicitaires des grands médias diffusant de la critique littéraire, et le cynisme prospère librement au cœur de la sauvagerie du marché. Le concept d’un terrain de jeu partagé équitablement par tous est aussi grotesque que celui de la paix dans le monde.
Le principe des éditeurs, c’est de n’aimer que ce qu’ils éditent et de faire croire le contraire : qu’ils n’éditent que ce qu’ils aiment. Allons, ils ne sont pas assez sûrs de leur jugement pour ça.
Tous les journaux satiriques, depuis qu’il en existe, ne sont qu’une exposition hebdomadaire des faiblesses, des gaffes ou des tares des grands hommes ou tout au moins de ceux que la foule envie.
Si un écrivain est couronné, encensé, il considère que c’est la juste contrepartie de son talent, s’il est ignoré de la critique, dédaigné par le public, il en tient l’attachée de presse pour principale responsable.
Les exemples de contemporains amis qui se fâchent après la lecture d’articles révélant leurs soi-disant fâcheries, sont si nombreux qu’on ne saurait soutenir sans injustice que les journalistes n’ont aucune influence.
Les livres, à en croire ces fichus snobs de critiques, n’étaient que de l’eau de vaisselle. Pas étonnant que les livres aient cessé de se vendre, disaient-ils. Mais le public, sachant ce qu’il voulait, tout à la joie de virevolter, à laissé survivre les bandes dessinées. Et les revues érotiques en trois dimensions, naturellement.
La vie d’un texte commence véritablement à sa parution. Il se nourrit des commentaires qu’il engendre, prospère des controverses qu’il suscite. Une recension dédaigneuse, d’excessives louanges le renforcent également. Il devient peu à peu la somme de ses lecteurs, l’éventail de ses lectures.
Aujourd’hui, le seul scandale c’est le bonheur. Mais, silencieusement et sûrement, l’indifférence heureuse répond au mépris facile grimaçant.
Beaucoup ont la justice dans leur cœur, mais lentement elle se déchaîne, car elle vient non sans conseil à l’arc.
Ce n’est pas la peine d’avoir du talent à la cinquième ligne si le lecteur ne dépasse pas la troisième.

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