Les poètes immatures imitent; les poètes matures volent; les mauvais poètes défigurent ce qu’ils prennent, et les bons poètes en font quelque chose de meilleur, ou du moins quelque chose de différent.
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- Un poète qui n’est pas réaliste est un poète mort. Mais un poète qui n’est que réaliste est aussi un poète mort. Le poète qui est seulement irrationnel ne sera compris que par lui-même et par la femme qu’il aime, et cela est assez triste. Le poète qui est seulement un rationaliste sera même compris par les ânes, et cela est aussi extrêmement triste.
- Le snobisme scolaire qui consiste, en poésie, à n’employer que certains mots déterminés, à la priver de certains autres, qu’ils soient techniques, médicaux, populaires ou argotiques, me fait penser au prestige du rince-doigts et du baisemain. Ce n’est pas le rince-doigts qui fait les mains propres ni le baisemain qui fait la tendresse. Ce n’est pas le mot qui fait la poésie, c’est la poésie qui illustre le mot.
- Il est malheureusement nécessaire pour le théâtre, parfois, que poètes et compositeurs aient le talent de ne faire ni poésie ni musique.
- La poésie tient plus de la précision que du vague.
- Il y a des genres de poésie où non seulement les Latins ne nous ont point surpassés, mais qu’ils n’ont pas même connus, comme, par exemple, ces poèmes en prose que nous appelons romans, et dont nous avons chez nous des modèles qu’on ne saurait trop estimer, à la morale près qui est fort vicieuse, et qui en rend la lecture dangereuse aux jeunes personnes.
- Un autre défaut de la mauvaise poésie est d’allonger la prose, comme le caractère de la bonne est de l’abréger.
- Les poètes n’ont pas de pudeur à l’égard de leurs sentiments : ils les exploitent.
- Un poète est le plus utilitaire des êtres. Paresse, désespoir, accidents du langage, regards singuliers, - tout ce que perd, rejette, ignore, élimine, oublie l’homme le plus pratique, le poète le cueille, et par son art lui donne quelque valeur.
- La poésie ne permet guère que l’on se partage, et un art si sublime et si pénible se peut rarement allier avec l’embarras des affaires, et les occupations tumultueuses de la vie.
- Quelle plate bêtise de toujours vanter le mensonge et de dire : la poésie vit d’illusions; comme si la désillusion n’était pas cent fois plus poétique par elle-même !
- Les boueurs de poésie sont en général privés du sentiment de la poésie; inaptes à percer les voies de son action. Il faut être l’homme de la pluie et l’enfant du beau temps.
- Les gens ont le choix de vivre une vie avec ou sans poésie. La vie avec la poésie est beaucoup plus endurable, je pense, et beaucoup plus stimulante.
- Pour être poète, il faut du temps : bien des heures de solitude, seul moyen pour que quelque chose se forme, vice, liberté, pour donner style au chaos.
- La poésie commence à sourdre lorsqu’elle croise les méandres de l’existence du poète. Elle est réponse au vide, à l’immensité, à l’inquiétude intérieure qui nous habite lorsque, soudain, tout se tait et qu’il faut traduire le silence.