La perfection évangélique n’est que l’art funeste d’étouffer la nature…
Écrivain, 1713-1784La perfection évangélique n’est que l’art funeste d’étouffer la nature…
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Lettres à Sophie Volland
… car en vérité il n’y a pas un homme de sa robe que j’estime plus que lui. Il est sensible; il est vrai qu’il se le reproche; il est honnête, mais dur. Il eût été bon ami, bon frère, si le Christ ne lui eût ordonné de fouler aux pieds toutes ces misères-là. C’est un bon chrétien qui me prouve à tout moment qu’il vaudrait mieux être un bon homme, et que ce qu’ils appellentla perfection évangélique n’est que l’art funeste d’étouffer la naturequi eût parlé en lui peut-être aussi fortement qu’en moi. Oh! que je suis content! Il est encore de bonne heure, et j’aurai le temps de causer avec vous tout à mon aise. Combien je vais vous dire de choses, tandis que ces bonnes gens me font sans apprêt une fricassée de poulet, qui sera mangée de bon appétit! …
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L’art perfectionne, je le veux bien, mais il perfectionne à sa manière, en contentant l’esprit, et non en prêchant, en s’adressant à la raison.
L’art mène à Dieu, car il tend vers la perfection. Il y a, dit-on, un ciel de gloire pour les artistes malheureux.
Heureux celui qui porte en soi un dieu, un idéal de beauté et qui lui obéit : idéal de l’art, idéal de la science, idéal de la patrie, idéal des vertus de l’Évangile.
L’art, la création, c’est la manifestation du divin en l’homme. La recherche de la pureté.
Peut-être l’art n’est-il que la volonté quotidienne de se tenir serré contre l’impossible perfection.
La perfection n’existe pas – seul Dieu est parfait.
Plus fort que le pessimisme et plus « divin » que la vérité : l’art.
Le sublime lasse, le beau trompe, le pathétique seul est infaillible dans l’art. Celui qui sait attendrir sait tout.
« Les lois de la morale régissent l’art », a dit Schumann. Cela est fort joli ; mais ce n’est pas vrai. En morale, l’intention peut justifier bien des choses ; en art, les meilleures intentions ne sont bonnes qu’à paver l’enfer : l’œuvre est réussie, ou elle est manquée.
Dieu ne doit pas faire de théologie ; l’écrivain ne doit pas anéantir par des raisonnements humains la foi momentanée que l’art exige de nous.

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