Mon Dieu, une minute avant une gaffe, on pouvait si bien ne pas l’avoir faite !
Écrivain, 1895-1981Mon Dieu, une minute avant une gaffe, on pouvait si bien ne pas l’avoir faite !
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Belle du Seigneur
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O Dieu ! Accordez-moi la chasteté, mais pas encore maintenant.
Dans le temps, si on t’avait foutu à la lourde chaque fois que t’as fait des conneries, t’aurais passé ta vie dehors.
Juger, c’est comprendre à un instant T ; la bonne sentence d’hier serait aujourd’hui déplacée, la juste peine d’aujourd’hui sera ridicule demain.
On n’était pas encore parvenu à l’âge de fer, et il était probable qu’on n’y arriverait pas de si tôt, parce qu’avec les hommes la création n’allait pas aussi vite qu’avec le bon Dieu. S’il avait seulement repris son travail une autre semaine après son jour de repos, il aurait été parfaitement capable de donner à l’humanité, en quelques jours supplémentaires, la pierre polie, le fer, les allumettes, l’étain qui fournit le tain, l’imprimerie, le gramophone et la télévision. Mais peut-être avait-il pensé, dans sa sagesse, qu’il valait mieux laisser aux mortels un peu d’initiative.
Gouverner, ce n’est pas plaire.
Sourire à un interlocuteur qui vous embarrasse, on n’a pas encore trouvé mieux pour passer à autre chose.
Nous sommes ici-bas pour rire. Nous ne le pourrons plus au purgatoire ou en enfer. Et, au paradis, ce ne serait pas convenable.
Il n’est rien de sensé qui n’ait été déjà pensé, on doit seulement tâcher de le penser encore une fois.
Le destin ! Ha ! Ha ! Ha ! Comme ci les mortels pouvaient avoir un destin.
Un instant de tendre abandon ne diffère d’un attentat à la pudeur que par l’absence de gendarme.

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