Ce que mon âge trop tendre, ma trop courte expérience et une vie abritée m’empêchèrent de voir, c’est la fortune et ses coups.
Écrivain, 1844-1924 Image : Nobel Foundation, Domaine public, Wikimedia Commons Ce que mon âge trop tendre, ma trop courte expérience et une vie abritée m’empêchèrent de voir, c’est la fortune et ses coups.
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La Vie en fleur (1924), chapitre XXI
Ce que mon âge trop tendre, ma trop courte expérience et une vie abritée m’empêchèrent de voir, c’est la fortune et ses coups: la fortune qui triomphe des caractères les plus fermes et change en un instant les conditions des hommes.
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Il m’a fallu plus de temps qu’à ceux qui m’enviaient pour m’habituer aux signes extérieurs d’une certaine aisance. J’en ai eu honte jusqu’à ce que l’âge les justifie davantage que la réussite.
Le manque d’argent est tellement le mystère de ma vie que, même lorsque je n’en ai pas du tout, il a l’air de diminuer. Le manque d’argent est la forme de ma captivité.
Je me sentais impuissant, exilé dans cette banlieue de la vie qu’est un mariage malheureux, voué à un long et morose enlisement.
Si les étranges vicissitudes de la fortune ne nous faisaient pas voir le peu de valeur de la vie, jamais on ne se résignerait à vieillir.
J’ai vécu assez longtemps : et le chemin de ma vie se perd dans les feuilles jaunies et séchées.
Il me semble parfois que, malgré mes efforts, je n’existe pas encore en tant qu’individu, maître de son destin. Mes crises d’adolescence ont fait place au grand vide de l’âge adulte. Mon corps, mon cerveau montrent chaque jour leurs limites.
J’ai des ambitions de vieux – les honneurs, le pouvoir, l’argent – étayées par des certitudes de jeune – la durée, le tonus et la santé.
J’étais à l’âge où on a besoin d’aide et de tendresse pour faire l’amour. J’étais devenu un vieux con, quoi.
Quand j’étais jeune, je croyais que, dans la vie, l’argent était ce qu’il y a de plus important. Maintenant que je suis vieux, je le sais.
Souvenirs ou regrets, espérance ou désir, avenir et passé se taisaient ; je ne connaissais plus de la vie que ce qu’en apportait, en emportait l’instant.

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