À mesure que les peuples montent en civilisation, les gouvernements descendent en police.
Écrivain, 1808-1889À mesure que les peuples montent en civilisation, les gouvernements descendent en police.
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Pensées détachées (1889), Pensées détachées, 30
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Le degré de civilisation d’une société peut être jugé en entrant dans ses prisons.
La misère pour les policiers, dans certains pays, c’est qu’en cas de changement de régime, les anciens mouchards sont supprimés et les nouveaux ne sont pas au courant.
Le gouvernement est stationnaire, l’espèce humaine est progressive. Il faut que la puissance du gouvernement contrarie le moins qu’il est possible la marche de l’espèce humaine.
On commence par vouloir la justice et on finit par organiser une police.
Quand le gouvernement passe, par exception, à la multitude, c’est la richesse qui prend, contre sa nature, une sorte de moralité.
Le métier politique consiste à revendiquer le pouvoir, lequel a deux fonctions principales dans la société. Un, c’est d’y exercer le monopole public de la violence pour ne pas la laisser à la violence privée – il y faut de la police – ou à la violence internationale – il y faut se défendre. Et deux, de canaliser la circulation de l’argent. On touche au sale, par définition. Et on se salit quand on touche au sale, même si les motifs sont propres. Et quiconque prétend faire de la politique en négligeant ces deux aspects est un amateur, et tant qu’angélique il est dangereux.
Un gouvernement, de par sa nature, a intérêt à élargir son champ d’action, restreignant par là même la liberté des individus.
La civilisation s’étrangle dans le corset de fer de l’Etat, qu’il soit prolétarien ou bourgeois.
Il me paraît donc certain que non seulement les gouvernements n’ont point commencé par le pouvoir arbitraire, qui n’en est que la corruption, le terme extrême, et qui les ramène enfin à la seule loi du plus fort, dont ils furent d’abord le remède.
La civilisation crée forcément plus d’entraves à la liberté que l’état sauvage, mais il faut supporter ces entraves pour s’élever de la barbarie à la civilisation.

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