On fait un ridicule à un homme du monde du talent et du goût d’écrire. Je demande aux gens raisonnables : Que font ceux qui n’écrivent pas ?
Écrivain · 1715-1747 Image : Charles-Amédée Colin · CC0 · Wikimedia Commons On fait un ridicule à un homme du monde du talent et du goût d’écrire. Je demande aux gens raisonnables : Que font ceux qui n’écrivent pas ?
Écrivain · 1715-1747 Image : Charles-Amédée Colin · CC0 · Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Œuvres de Vauvenargues (1857), Texte entier, 704
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
C’est la seule école de style, mon fils. Ce qu’ils font avec leur corps nous devons le faire avec notre esprit.
La force du mot écrit est une chose terrible, terrible…
Nous ne parvenons pas à écrire ce que nous pensons et c’est là, toute la force des mots. Ecrire, c’est perdre son idée au profit de quelque chose qui nous dépasse, qui ne nous appartient même plus.
Pas d’adjectifs, ils affaiblissent le style. L’adjectif, c’est comme les bijoux. Une femme élégante ne porte pas de bijoux.
Aucune femme d’écrivain ne comprendra jamais que son mari travaille quand il regarde par la fenêtre.
L’écriture, c’est comme l’armée, on y retrouve tout le monde. Des avocats, des secrétaires, des boulangères, des critiques littéraires, des énarques, des politiciens, des fils de famille, des vagabonds, et même quelques écrivains.
L’écriture, toute écriture, reste une audace et un courage. Et représente un énorme travail.
Il est aisé de tromper les plus habiles, en leur proposant des choses qui passent leur esprit et qui intéressent leur cœur.
Les jeunes auteurs d’aujourd’hui ont oublié les problèmes du cœur humain en conflit avec lui-même, qui eux seuls peuvent donner de beaux textes. Car il n’y a que cela qui mérite d’être écrit, qui mérite toute cette douleur et toute cette sueur.
C’est cela écrire, élargir le champ de la conscience en agissant sur la perception même des choses.

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