L’existence serait intolérable si l’on ne rêvait jamais.
Écrivain, 1844-1924 Image : Nobel Foundation, Domaine public, Wikimedia Commons L’existence serait intolérable si l’on ne rêvait jamais.
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Le Jardin d’Épicure (1895)
Le charme qui touche le plus les âmes est le charme du mystère. Il n’y a pas de beauté sans voiles, et ce que nous préférons, c’est encore l’inconnu.L’existence serait intolérable si l’on ne rêvait jamais.Ce que la vie a de meilleur, c’est l’idée qu’elle nous donne de je ne sais quoi qui n’est point en elle. Le réel nous sert à fabriquer tant bien que mal un peu d’idéal. C’est peut-être sa plus grande utilité.
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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Exister serait une entreprise totalement impraticable si on cessait d’accorder de l’importance à ce qui n’en a pas.
La vie serait sans doute insupportable sans une certaine inconscience.
Tous les prodiges n’avaient-ils pas leur reflet dans la réalité, et ne retrouvait-on pas dans chaque instant d’une vie naissante la splendeur de l’inaccessible et le bruissement de ce qui sera pour toujours incompréhensible ?
Que serait un univers sans conscience aucune qui le réfléchisse et le connaisse ? Que serait la raison objectivée, sans volonté ni sentiment ? Pour nous, la même chose que le néant ; mille fois plus épouvantable que lui.
On ne pouvait être assuré de rien, dans cette vie, sauf de rencontrer un jour ou l’autre un inévitable trou et de s’y défaire comme un nuage dans l’indifférence du ciel.
La pensée ne peut pas sortir de l’existence ; le passage à l’existence est quelque chose de radicalement impensable, quelque chose qui n’a même aucun sens, ce que nous appelons ainsi est une certaine transformation intra-existentielle.
Il n’est nullement irrationnel d’imaginer que, dans une existence future, nous puissions considérer cette vie comme un songe.
Ne pas croire qu’une chose existe parce qu’il serait trop horrible qu’elle n’existât pas. Il n’y a pas de preuve par l’horrible.
Mais la mort ne peut être imaginée, puisqu’elle est l’absence d’images. Elle ne peut être pensée, puisqu’elle est l’absence de pensée. Il faut donc vivre comme si nous étions éternels. Ce qui, pour chacun de nous, mais pour lui seul, est vrai.
Si on avait la vie qu’on rêve, on rêverait de la vie qu’on a.

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