Défendez-vous par la grandeur,
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse :
La Mort ravit tout sans pudeur.
Poète, 1621-1695Défendez-vous par la grandeur,
Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse :
La Mort ravit tout sans pudeur.
Poète, 1621-1695Partager sur
Source vérifiée
Fables (1668-1694), La Mort et le Mourant
La Mort ne surprend point le sage, Il est toujours prêt à partir, S’étant su lui-même avertir Du temps où l’on se doit résoudre à ce passage. Ce temps, hélas! embrasse tous les temps: Qu’on le partage en jours, en heures, en moments, Il n’en est point qu’il ne comprenne Dans le fatal tribut; tous sont de son domaine, Et le premier instant où les enfants des rois Ouvrent les yeux à la lumière Est celui qui vient quelquefois Fermer pour toujours leur paupière.Défendez-vous par la grandeur; Alléguez la beauté, la vertu, la jeunesse; La Mort ravit tout sans pudeur; Un jour le monde entier accroîtra sa richesse. Il n’est rien de moins ignoré; Et, puisqu’il faut que je le die, Rien où l’on soit moins préparé.
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Obsèques. Consolez-vous quand il ne s’agit pas des vôtres : l’oraison du plus mort est toujours la meilleure.
La gloire est le soleil des morts, de ton vivant, tu seras malheureux comme tout ce qui fut grand, et tu ruineras tes enfants.
La laideur, c’est rassurant : il n’y a aucun défi à relever, il suffit de s’abandonner à sa malchance, de s’en gargariser, c’est si confortable. La beauté est une promesse : il faut pouvoir la tenir, il faut être à la hauteur.
Belles personnes,
Rayonnez, fleurissez, soyez des échansonnes
De rêve, d’un sourire enchantez un trépas,
Inspirez-nous des vers… Mais ne les jugez pas !
Crois-moi, la liberté, que tout mortel adore,
Que je veux leur ôter, mais que j’admire encore,
Donne à l’homme un courage, inspire une grandeur,
Qu’il n’eût jamais trouvés dans le fond de son cœur.
Etre courageux sans compassion mène à la mort.
Ô peuples, détrônez l’échafaud !… Lève-toi, sainte émeute de la vie contre la mort !
L’unique sortilège contre la mort, la vieillesse, la vie routinière, n’est-il pas l’amour ?
Votre jeunesse s’en ira, votre beauté avec elle, et vous découvrirez tout à coup qu’il faudra faire votre deuil des triomphes, ou bien vous contenter de triomphes médiocres, rendus plus amers que des défaites par le souvenir glorieux du passé.
Tout un monde galant, vif, brave, exquis et fou, avec sa fine épée en verrouil, et surtout Ce mépris de la mort, comme une fleur, aux lèvres.

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