Allez donc faire abandonner à l’homme de la rue une idée qu’il juge difficile à comprendre et qu’il croit avoir comprise.
Écrivain, 1895-1972 Image : Jacques-Émile Blanche, Domaine public, Wikimedia Commons Allez donc faire abandonner à l’homme de la rue une idée qu’il juge difficile à comprendre et qu’il croit avoir comprise.
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Carnets, 1930-1944
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Plus d’un homme instruit en est à ignorer que le seul moyen de changer d’idée est de changer d’action. Tous les passionnés exorcisent d’abord les pensées par des pensées, et bien vainement. L’ancien exorcisme, par le geste, était le plus sage.
C’est à ne pas penser que la pensée de l’homme s’use ; et c’est celui qui pense peu qui se prévaut de certitudes.
L’homme intelligent se mesure à ce qu’il sait ne pas comprendre.
C’est seulement lorsqu’on ne voit pas de terme à sa pensée, qu’il faut penser.
Gouverner, c’est mettre vos sujets hors d’état de vous nuire et même d’y penser.
Plus la tentation de comprendre est forte, plus s’affirme la nécessité de dénaturer.
Elle n’a qu’un but, s’exprimer totalement dans une perspective qui permette à l’homme de secouer ses tabous, le révéler à lui-même, le rendre libre. L’homme doit prendre conscience de ses abîmes pour mieux les contourner.
À force de vivre dans les mêmes idées, de ne voir qu’une chose, si on la veut avec ardeur on ne remarque plus le crime de ses désirs.
Alors, s’exaltant pour exalter : Eh quoi ! C’est vous, ajoute-t-il, que cette pensée n’enflamme point ?
Il est révoltant qu’un homme dirige sur des sentiers faux un voyageur ignorant le chemin à prendre et le laisse ensuite seul dans son erreur. Cependant, n’est-il pas plus révoltant encore d’amener quelqu’un à se fourvoyer en lui-même ?

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