Ce serait le comble de la folie de prétendre amener tous les hommes à penser d’une manière uniforme.
Philosophe, 1694-1778 Image : Nicolas de Largillière, CC0, Wikimedia Commons Ce serait le comble de la folie de prétendre amener tous les hommes à penser d’une manière uniforme.
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Traité sur la tolérance (1763), chapitre 21
Ce serait le comble de la folie de prétendre amener tous les hommes à penser d’une manière uniformesur la métaphysique. On pourrait beaucoup plus aisément subjuguer l’univers entier par les armes que subjuguer tous les esprits d’une seule ville.
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Les hommes sont si nécessairement fous que ce serait être fou par un autre tour de folie de n’être pas fou.
L’homme, tout compte fait, n’a rien à dire de l’homme. Etant seul à se juger, il peut se grandir ou se réduire à sa guise : tel un fou qui, sans risque de contradiction, pourrait choisir entre le délire des grandeurs et celui de l’indignité.
Il arrive à chacun de se croire un surhomme tant qu’il ne s’est pas aperçu qu’il est en même temps mesquin, impur et perfide.
Bien des hommes rêvaient d’être cocus, juste pour pouvoir tromper à leur tour, enfin sans culpabilité.
Le même événement qui se présente d’une façon si intéressante dans la tête d’un homme d’esprit, n’offrirait plus, conçu par un cerveau plat et banal, qu’une scène insipide de la vie de tous les jours.
C’est une chose grande et que tout homme envie D’avoir un lustre en soi qu’on épand sur sa vie, D’être choisi d’un peuple à venger son affront, De ne point faire un pas qui n’ait trace en l’histoire, Ou de chanter les yeux au ciel, et que la gloire Fasse avec un regard reluire votre front.
Elle n’a qu’un but, s’exprimer totalement dans une perspective qui permette à l’homme de secouer ses tabous, le révéler à lui-même, le rendre libre. L’homme doit prendre conscience de ses abîmes pour mieux les contourner.
C’est à ne pas penser que la pensée de l’homme s’use ; et c’est celui qui pense peu qui se prévaut de certitudes.
L’aveugle prédilection des femmes, la sotte jalousie des vulgaires rivaux, c’en est assez pour fausser un jugement novice et corrompre un esprit sans expérience.
Si seulement le fou s’obstinait dans sa folie, il deviendrait sage.

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