Un philosophe grec enseignait que ne pas être né est le plus doux des états. Mais moi je pense que c’est plutôt le sommeil. On est mort et pourtant on est vivant. Il n’y a pas de sensation plus exquise.
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- Solitaires, nous ne sommes même pas le lien entre la vie et la mort. Il n’y a pas de lien. Car la vie et la mort sont unies à jamais, indissociables comme l’eau mélangée au vin.
- Pourquoi donc n’est-il pas possible qu’après la mort nous gardions l’apparence parfaite des vivants, si les vivants peuvent dans le sommeil se faire semblables aux lugubres morts ?
- La mort n’est rien. Elle n’est que l’extinction de l’artifice par lequel la nature vous a fait croire que vous étiez quelqu’un. La vie n’est rien. Elle n’est que la lumière que vous avez produit en croyant que vous étiez quelqu’un.
- Seuls la mort et le sommeil innocentent les hommes. La naissance fait de nous des païens, et la vie des carnassiers ou des puceaux.
- Si l’on envisage la mort elle-même, et si, divisant sa notion, on en écarte les fantômes dont elle s’est revêtue, il ne restera plus autre choses à penser, sinon qu’elle est une action naturelle. Or celui qui redoute une action naturelle est un enfant.
- Il se dit qu’il ne devait pas avoir peur de la mort. Il se dit que ce serait comme un sommeil, éternel et insouciant, un temps blafard sans temps ni rêves.
- Sur le seuil du grand silence, on se rend compte que la vie n’est pas envoûtante parce qu’elle l’EST. Elle l’EST parce qu’elle est le contraire de la mort.
- Notre existence est un point, notre durée un instant, notre globe un atome. A peine a-t-on commencé à s’instruire un peu que la mort arrive avant qu’on ait de l’expérience.
- La naissance est à la mort ce qu’est la promesse des fiançailles à la nuit de noce : c’est la mort qui consomme (dans les deux sens du mot : parfaire et détruire) le mariage entre l’âme et le temps.
- Il y a quelque chose de calmant dans la philosophie, une manière de parler du vivant comme si on était mort.
- On aime s’endormir et non dormir; on voudrait être mort, mais pas mourir.
- C’est si difficile de vivre quelquefois, la mort nous semble d’une douceur infinie, un grand repos, une douce quiétude, le vide, le néant et puis plus rien.