Qui n’a été terrifié par cette idée qu’il allait un jour oublier sa vie ?
Écrivain, 1896-1948Qui n’a été terrifié par cette idée qu’il allait un jour oublier sa vie ?
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Oeuvres complètes / 2
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Si par miracle la peur de la mort disparaissait, la vie n’aurait plus aucun moyen de défense : elle serait à la merci de notre premier caprice.
L’une des plus grandes illusions consiste à oublier que la vie est captive de la mort.
La vie en se retirant venait d’emporter les désillusions de la vie.
La vie serait sans doute insupportable sans une certaine inconscience.
C’était une vieille crainte, une crainte qui ne m’était jamais passée : la peur qu’en ratant des fragments de sa vie, la mienne ne perde en intensité et en importance.
La vie, c’est peut-être cela, un rêve terrifiant.
Qui a tété la vie connaît le sein de l’angoisse.
Mais l’homme s’était nourri si longtemps de ses rêves que, mis en face de la brutale réalité, il ne put se résoudre à les voir disparaitre sans tenter un dernier effort.
Il eut une révélation soudaine. Il comprit tout à coup le caractère fastidieux de la vie où tout sentier représente l’imprévu et dont une part importante se passe à surveiller ses pas.
Oubliée de tous, perdue dans le lointain du passé, la vie de n’importe qui a été pour toujours, et jusqu’aux siècles des siècles, et jusqu’à l’extrême fin des temps, l’unique chance de réalisation de ce n’importe qui.

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