Au banquet de la vie à peine commencé, / Un instant seulement mes lèvres ont pressé / La coupe en mes mains encor pleine.
1762-1794Au banquet de la vie à peine commencé, / Un instant seulement mes lèvres ont pressé / La coupe en mes mains encor pleine.
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Oeuvres poétiques
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Je touchais du bout des doigts le bonheur total, absolu, et on me le retirait avant même que j’aie pu y goûter.
Du filz autant m’est la personne chere,
Comme j’av eu à contre-cœur le pere.
L’esprit du doute, suspendu sur ma tête, venait de me verser dans les veines une goutte de poison ; la vapeur m’en montait au cerveau, et je chancelais à demi dans un commencement d’ivresse malfaisante.
Quand soudain il m’a embrassée, lentement, à pleine bouche, et mon corps tout entier – ma peau, ma clavicule, mes genoux, absolument tout en moi – s’est éclairé…
À mesure que les portes se fermaient autour de moi, mon cœur s’ouvrait de plus en plus.
À écouter mon cœur tambouriner dans ma poitrine, je me suis dit qu’on pouvait peut-être mourir d’un baiser.
Je laissai ainsi bifurquer mon premier amour, comme plus tard je laissai bifurquer ma politique, de la façon la plus maladroite.
Je n’osais pas rire de peur d’ouvrir les lèvres et de recevoir le mauvais air.
Ce premier, cet unique amour qui fit le destin de ma vie, et que rien n’a pu vaincre que lui-même, était né sans que je m’en fusse aperçu.
Comme elle avait dû souffrir, la pauvre, de mon innocent bavardage, tandis qu’étendue sur le gril brûlant de l’impatience elle attendait, l’âme tremblante, un premier geste de tendresse, ou tout au moins que je m’aperçoive de sa passion !

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