Nous avons perdu le sens abstrait de la beauté.
Écrivain, 1854-1900 Image : Napoleon Sarony / Adam Cuerden, Domaine public, Wikimedia Commons Nous avons perdu le sens abstrait de la beauté.
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Le Portrait de Dorian Gray (1891)
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Aujourd’hui, on ne parle même plus de beauté à propos des acteurs, le vocable a changé. On cherche des « gueules », des « visages émouvants », des « corps singuliers ». La beauté appartient au passé.
La beauté est une contradiction voilée.
[La beauté] nous parle à nous, intimement, mais nous ne nous en sentons pas propriétaires pour autant. Elle nous apprend à aimer sans posséder.
La beauté, c’est comme l’alcool ou le confort ; on s’y habitue, on n’y fait plus attention.
Ce n’est pas la beauté que nous aimons, mais l’échec : l’effort inutile pour rester toujours jeune, échec des nerfs, échec du corps. La beauté est comme la réussite ; nous ne pouvons l’aimer longtemps.
Contrairement à l’adage célèbre, la beauté n’est pas une promesse de bonheur mais une certitude de désastre. Les êtres beaux, hommes ou femmes, sont des dieux descendus parmi nous et qui nous narguent de leur perfection. Là où ils passent, ils sèment la division, le malheur et renvoient chacun à sa médiocrité. La beauté est peut-être une lumière mais qui approfondit la nuit ; elle nous soulève très haut et nous dépose ensuite si bas qu’on regrette de l’avoir approchée.
Disséquer le corps humain, c’est détruire sa beauté ; et pourtant, par cette dissection, la science arrive à y reconnaître une beauté d’un ordre bien supérieur et que la vue superficielle n’aurait pas soupçonnée.
La beauté qui te suit depuis ton premier âge Au déclin de tes jours ne veut pas te laisser, et le temps, orgueilleux d’avoir fait ton visage, en conserve l’éclat et craint de l’effacer.
On ne peut pas éviter la beauté, ni le mal absolu qu’elle nous cause.
La beauté réelle finit où commence l’expression intellectuelle. L’intelligence est, par sa nature, une sorte d’hypertrophie ; elle détruit fatalement l’harmonie d’un visage.

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