Ce dont il avait tâché de se préserver, avec une certaine réussite, pendant plus d’un an, l’avait enfin contaminé : l’angoisse du miroir où l’on ne voit que soi.
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- Il m’a fallu plus de temps qu’à ceux qui m’enviaient pour m’habituer aux signes extérieurs d’une certaine aisance. J’en ai eu honte jusqu’à ce que l’âge les justifie davantage que la réussite.
- Réussir, ce n’était pas obtenir quelque chose pour soi-même; la réussite, cela devait concerner tout le monde, ou alors ce n’était pas une réussite.
- A la moindre allusion, même incertaine, il s’assombrissait, ne sachant s’il devait subodorer ou l’hommage ou la raillerie.
- Avoir peur de son ombre, c’était risible ! Mais qui plus que Wendy Torrance en avait le droit ? Après tout ce qu’elle avait vu et vécu, elle savait que certaines ombres sont dangereuses. Qu’elles ont des dents et qu’elles mordent.
- Il eut une révélation soudaine. Il comprit tout à coup le caractère fastidieux de la vie où tout sentier représente l’imprévu et dont une part importante se passe à surveiller ses pas.
- La vérité n’est qu’un miroir brisé qui éclate tôt ou tard. Nos reflets ne sont guère que des conséquences.
- La vérité, que personne n’avoue, c’est qu’une fois les illusions enfuies, on passe sa vie à souffler sur le miroir aux regrets. Mais toujours la buée s’efface.
- Il commença à se dire qu’il ne regrettait pas d’avoir eu une vie si tourmentée : il y avait gagné de l’expérience.
- La seule conscience que nous pouvons avoir du temps qui passe réside dans ce réveil douloureux qui nous fait découvrir un jour un étranger devant le miroir.
- On dit que briser un miroir ça fait sept ans de malheur. Dans le cas de quelqu’un de franchement laid, ça peut faire sept ans de bonheur.
- L’étonnant, c’est qui ait souffert si longtemps : il usurpait sa vie.
- L’homme fort sent sa propre dignité, rit en lui-même des pitoyables inventions avec lesquelles on veut tenter son courage, et, sûr de leur impuissance, il s’endort sans inquiétude et s’éveille sans crainte.
- Le bonheur était une denrée rare. Tout le monde lui courait après, mais combien le trouvait vraiment et se fracassait contre un mur de douleurs et de souffrances ?
- En ces années quatre-vingt, il fallait être mort pour ne pas avoir d’ambition. L’argent avait l’odeur agressive et prémerdeuse des déodorants pour toilettes.
- Sur ses traits fins se lisait même une expression d’angoisse, comme si la griffe ancienne de la souffrance restait plantée dans ce bonheur trop neuf.