L’artiste qui renonce à une heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait qu’il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n’existe pas.
Écrivain, 1871-1922 Image : Otto Wegener, Domaine public, Wikimedia Commons L’artiste qui renonce à une heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait qu’il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n’existe pas.
Écrivain, 1871-1922 Image : Otto Wegener, Domaine public, Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Le Temps retrouvé (1927), chapitre III
… Et pourtant je sentais que le plaisir qu’elle m’avait donné à de rares intervalles dans ma vie était le seul qui fût fécond et véritable. Le signe de l’irréalité des autres ne se montre-t-il pas assez, soit dans leur impossibilité à nous satisfaire, comme, par exemple, les plaisirs mondains qui causent tout au plus le malaise provoqué par l’ingestion d’une nourriture abjecte, ou celui de l’amitié qui est une simulation puisque, pour quelques raisons morales qu’il le fasse,l’artiste qui renonce à une heure de travail pour une heure de causerie avec un ami sait qu’il sacrifie une réalité pour quelque chose qui n’existe pas(les amis n’étant des amis que dans cette douce folie que nous avons au cours de la vie, à laquelle nous nous prêtons, mais que du fond de notre intelligence nous savons l’erreur d’un fou qui croirait que les meubles vivent et causerait avec eux), soit dans la tristesse qui suit leur satisfaction, comme celle que j’avais eue, le jour où j’avais été présenté à Albertine, de m’être donné un mal pourtant bien petit afin d’obtenir une chose — connaître cette jeune fille — qui ne me semblait petite …
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
Une erreur ? Proposer une correctionSignaler
C’est dans l’exercice de son art que l’artiste trouve un heureux compromis avec tout ce qui l’a blessé ou vaincu dans la vie quotidienne, par l’imagination, non pour échapper à son destin comme fait l’homme ordinaire, mais pour l’accomplir le plus totalement et le plus adéquatement possible.
Un artiste n’est pas un ouvrier du divertissement qui compte ses heures, il se consume au feu de sa passion.
Ce n’est, d’ailleurs, peut-être, que la brièveté de la vie qui empêche les artistes de comprendre jusqu’au bout la vanité de leur travail et d’organiser à temps l’oubli et de leur œuvre et d’eux-mêmes.
Ce que vise tout artiste véritable, c’est à animer de sa vie la vie de l’œuvre jouée, à lui donner tout son être, dans cet abandon parfait propre à l’amour.
Révéler l’art et cacher l’artiste, tel est le but de l’art.
Les gens attendent d’une œuvre d’art qu’elle veuille dire quelque chose alors qu’ils acceptent que leur vie à eux ne rime à rien.
L’artiste a le pouvoir de réveiller la force d’agir qui sommeille dans d’autres âmes.
Le courage de l’artiste n’est pas tant de créer que d’accepter le moment où il faut arrêter de le faire.
Par l’œuvre d’art, l’homme qui en est l’auteur cherche à exprimer la conscience qu’il a de lui-même.
Un artiste ne peut avoir de certitudes. Tout son être, tout son travail sont habités par le doute.

Téléchargez-la gratuitement pour la partager sur Instagram, WhatsApp ou Pinterest, en gardant le nom de l’auteur.