Une seule terreur, tenace, un jour peut-être elle jugerait ses parents.
Source : Les Derniers Jours de la classe ouvrière (2003)
Source indiquée, pas encore vérifiée sur le texte original. Comment nous vérifions
Une seule terreur, tenace, un jour peut-être elle jugerait ses parents.
Source : Les Derniers Jours de la classe ouvrière (2003)
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Harcelée par les reproches de ses parents, elle était prête à sombrer dans un amer défaitisme.
Elle se mariait donc, maudite de ses parents. Rejetée, excommuniée, le herem était sur elle. Impure, sale, reniée par les siens. Et elle avait fait le choix de ne pas suivre ses parents, la tradition ancestrale.
Était-il possible que les parents ne meurent jamais et que chaque enfant les couve en soi, de manière inéluctable ? Ma mère avec sa démarche boiteuse surgirait-elle donc vraiment un jour en moi, avec la fatalité d’un destin ?
Il ne lui vint pas à l’esprit qu’elle agissait beaucoup moins comme une mère que comme un amant qui, à l’improviste, découvre une preuve d’infidélité, et se venge.
Qu’a-t-il, son enfant à elle, pour fuir ainsi les hommes et aimer le silence d’une ville qui se noie ? Qu’a-t-elle fait naître en lui de tordu, à force de doutes et de fatigue, pour qu’il contemple le monde avec un regard si circonspect ?
Elle espérait que ses filles finiraient par comprendre la vérité un jour ou l’autre, mais en attendant, elle s’accrochait à la décence comme à une bouée de sauvetage dans la tempête.
Elle semblait avoir conscience que si elle vacillait, la famille entière tremblerait, et que si un jour elle défaillait ou désespérait sérieusement, toute la famille s’écroulerait, toute sa volonté de fonctionner disparaîtrait.
L’adolescente nubile ne devient matrone que si on lui fait violence. Elle accède à sa vie de femme par une violence brutale. Jeune vierge hier, femme-amphore le lendemain, s’opposant à la minceur de l’éphèbe.
Elle revêtait sa peur d’un déguisement pour pouvoir la regarder… Elle la baptisait fièvre, rats, chômage. Le vrai visage qui restait tabou était la mort.
Elle n’avait plus l’insouciance de la jeunesse qui digère toutes les tragédies parce qu’elle a le temps pour elle.

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