Pourquoi mépriserait-on la passion pour le sport alors même qu’on encense celle pour l’art, la philosophie ou la science ?
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- S’il est vrai qu’il est plus facile pour un chameau de passer à travers le chas d’une aiguille que pour un riche d’entrer au Royaume des cieux, un constat s’impose : il n’y a pas de sport professionnel au paradis.
- Le sport, activité noble qui, à l’instar du rire, de la philatélie, de la cuisine au bain-marie et du cybersexe, permet à l’humain de dépasser son animalité.
- Quand on est réduit à faire de la philosophie religieuse, c’est qu’il n’y a plus de religion; quand on fait de la philosophie de l’art, c’est qu’il n’y a plus d’art.
- Il en est aujourd’hui qui savent, et beaucoup qui pressentent, que la philosophie est moins une science qu’un art. Or, l’art est l’expression la plus haute, la plus vivante de la vie.
- Depuis toujours, profondément, violemment, je déteste ceux qui veulent trouver dans une œuvre d’art une attitude (politique, philosophique, religieuse, etc.), au lieu d’y chercher une intention de connaître, de comprendre, de saisir tel ou tel aspect de la réalité.
- Ce sentiment océanique d’étonnement et d’admiration est la source de la mystique, de la science pure et de l’art pour l’art; c’est leur commun dénominateur, leur lien affectif.
- La littérature, c’est un reproche qu’on adresse au monde. Dans ce reproche, chacun s’y retrouve. L’art se fait contre le destin.
- Il y a un utile et un inutile en art. La majorité du public ne ressent pas cela, envisageant l’art comme une distraction.
- L’art nous dit quelque chose, même là où nous pensons qu’il ne nous le dit pas. C’est sa force, la force de la littérature, du cinéma, de la peinture.
- Pratiqué avec sérieux, le sport n’a rien à voir avec le fair-play. Il déborde de jalousie haineuse, de bestialité, du mépris de toute règle, de plaisir sadique et de violence; en d’autres mots, c’est la guerre, les fusils en moins.
- Le sport n’est pas un objet de luxe, une activité d’oisif non plus qu’une compensation musculaire du travail cérébral. Il est pour tout homme une source de perfectionnement interne éventuel non conditionnée par le métier. Il est l’apanage de tous au même degré sans que son absence puisse être suppléée.
- Signaler l’intérêt philosophique d’un livre qui célèbre le football a en effet toutes les chances d’apparaître comme une provocation déplacée à une époque où le mépris des sentiments et des passions populaires est devenu un métier et passe pour une vertu.
- Donner, recevoir, partager : ces vertus fondamentales du sportif sont de toutes les modes, de toutes les époques. Elles sont le sport.
- Baisser les bras dans une compétition sous prétexte qu’on ne peut terminer premier est incompatible avec l’esprit du sport.