C’est peut-être la solitude morale – à quoi j’aspire – qui me fait admirer les traîtres et les aimer.

C’est peut-être la solitude morale – à quoi j’aspire – qui me fait admirer les traîtres et les aimer.

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Source vérifiée
Journal du voleur (1949)
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Je suis devenu solitaire, ou, comme ils disent insociable et misanthrope parce que la plus sauvage solitude me paraît préférable à la société des méchants qui ne se nourrit que de trahison et de haine.
Je sens au moins que quiconque aime autant que moi la solitude doit craindre de s’y préparer des tourments.
Je découvre avec mélancolie que mon égoïsme n’est pas si grand puisque j’ai donné à autrui le pouvoir de me faire de la peine.
Il y a un certain goût de solitude qui a pour fondement la vanité. Par regret de ne pas se sentir apprécié à la valeur qu’on se croit, on se masque de mépris pour ceux qui se refusent à ce que nous voudrions d’eux.
La solitude, pour qui la vit sans mentir, me révèle mon néant, m’enseigne ma vanité, le vide en moi de ma présence.
Il n’y a pas une grande distance entre la trahison de l’absence et l’infidélité.
Ainsi se déposent peu à peu dans un cœur d’homme les éléments troubles dont se forme la trahison.
J’appelle bourgeois quiconque renonce à soi-même, au combat et à l’amour, pour sa sécurité.
Il me vient alors cette exaltation d’aimer à fond quelqu’un d’inconnu, et qui le reste à jamais : mouvement mystique : j’accède à la connaissance de l’inconnaissance.
J’envie parmi les hommes quiconque sans péril mena jusqu’au terme une existence anonyme et obscure.

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