La mémoire d’un homme contient une centaine de jours, alors qu’il en a vécu des milliers. C’est ainsi. On dispose d’un stock de jours, qu’on dépense comme des ivrognes sans cervelle. C’est pas une critique, juste une constatation.
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- Après que le malade a raconté son histoire une première fois, nous le convions à s’abandonner tout à fait aux pensées qui surgissent en lui et à faire part, sans aucune réserve critique, de ce qui lui vient à l’esprit.
- Le même événement qui se présente d’une façon si intéressante dans la tête d’un homme d’esprit, n’offrirait plus, conçu par un cerveau plat et banal, qu’une scène insipide de la vie de tous les jours.
- On compte la durée de la vie par le nombre des années qu’on a vécu, on devrait n’en compter la durée que par l’usage qu’on en fait; tel meurt à cent ans, qui n’a pas commencé à vivre.
- La vie, quelle que soit la valeur de ses manifestations, supplante à la longue les souvenirs.
- O misère de nous ! Notre vie est si vaine qu’elle n’est qu’un reflet de notre mémoire.
- Et il ne suffit pas d’avoir des souvenirs. Il faut savoir les oublier quand ils sont nombreux et il faut avoir la grande patience d’attendre qu’ils reviennent.
- Si j’eusse parlé vers 1795 de mon projet d’écrire, quelque homme sensé m’eût dit : - «Ecrivez tous les jours pendant deux heures, génie ou non. » - Ce mot m’eût fait employer dix ans de ma vie dépensés niaisement à attendre le génie.
- Les hommes ont une mémoire terrible. Une femme, tu sais, ça oublie si bien... Le bonheur et le malheur.
- Si le bon Dieu a mis une mémoire dans l’âme des hommes, c’est autant pour oublier que pour se souvenir.
- L’habitude de l’usine sera peut-être devenue drogue : chaque jour dans cette mélasse, absorber une dose d’hébétude. Il aura peine à se défaire de cet abrutissement providentiel, de cette sensation quotidienne d’un corps tellement courbatu que chaque soir la pensée s’endort dans une terrible sérénité.
- L’usure du temps ne serait-elle pas, comme souvent, le plus bel enterrement de leur amour, un amour qui s’efface peu à peu des mémoires sans que ni l’un ni l’autre des amoureux fous d’hier ne se rendent vraiment compte de ce qui se passe ?
- Un homme désordonné et qui va mourir et ne s’en doute pas met souvent de l’ordre autour de lui. Sa vie change. Il classe ses papiers. Il se lève tôt, il se couche de bonne heure. Il renonce à ses vices.
- Tristesse du réveil. Il s’agit de redescendre, de s’humilier. L’homme retrouve sa défaite : le quotidien.
- Les mots ne sont visibles que dans l’oeil dénué de paupière de la mémoire. Dieu merci, les vivants conservent l’aptitude de surprendre et de décevoir.
- Le temps efface le souvenir des malheurs, jamais celui des fautes. La morsure d’un remords se ravive chaque jour plus cruelle dans notre conscience, à mesure que la vie passe.