L’envie n’est qu’une peur de voir de la beauté qu’on ne pourrait pas réaliser soi-même.
Écrivain, 1864-1910 Image : auteur inconnu, Domaine public, Wikimedia Commons L’envie n’est qu’une peur de voir de la beauté qu’on ne pourrait pas réaliser soi-même.
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Journal, 1887-1910
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La peur chasse l’intelligence, chasse la bonté, chasse toute idée de beauté et de vérité.
La beauté déteste les idées. Elle se suffit à elle-même. Une œuvre est belle comme quelqu’un est beau. Cette beauté dont je parle provoque une érection de l’âme. Une érection ne se discute pas.
Il y a quelque chose d’odieux dans la beauté dès qu’elle prend conscience d’elle-même, dès qu’elle devient sensuelle.
L’adoration est produite par la peur.
L’érotisme fait peur parce qu’il excelle dans l’excès, s’épanouit dans la surabondance et l’illimité. Il élève l’instinct au rang d’un art d’aimer, et donc de vivre.
Ce n’est pas la beauté que nous aimons, mais l’échec : l’effort inutile pour rester toujours jeune, échec des nerfs, échec du corps. La beauté est comme la réussite ; nous ne pouvons l’aimer longtemps.
Je comprends d’instinct que sans la beauté, la vie ne vaut probablement pas la peine d’être vécue, et que d’autre part une certaine forme de mal vient justement de l’usage terriblement perverti que l’on fait de la beauté.
La beauté) c’est un lustre que l’amour confère pour tromper l’œil. Par conséquent, on peut dire que c’est seulement quand l’esprit est sans amour que l’œil ne peut voir la beauté.
La vraie peur ne défigure pas mais martèle les traits et les durcit.
Trop de beauté, c’est un peu comme trop de bonheur ; on se demande si l’on aura la force de le supporter.

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