Et nous crevons par la Blague, par l’ignorance, par l’outrecuidance, par le mépris de la grandeur, par l’amour de la banalité, et le bavardage imbécile.
Écrivain, 1821-1880 Image : Nadar, Domaine public, Wikimedia Commons Et nous crevons par la Blague, par l’ignorance, par l’outrecuidance, par le mépris de la grandeur, par l’amour de la banalité, et le bavardage imbécile.
Écrivain, 1821-1880 Image : Nadar, Domaine public, Wikimedia Commons Partager sur
Source vérifiée
Correspondance de Gustave Flaubert (1874), lettre 1499 à George Sand
Je suis sûr que vous me trouvez grincheux et que vous allez me répondre: Qu’est-ce que tout cela fait? Mais tout fait!et nous crevons par la blague, par l’ignorance, par l’outrecuidance, par le mépris de la grandeur, par l’amour de la banalité et le bavardage imbécile.
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
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Si nous étions lucides, instantanément l’horreur de la vie quotidienne nous laisserait stupides.
L’usage du monde conduit à la défiance, la défiance mène aux soupçons. Les soupçons mènent à la finesse, la finesse à la méchanceté, et la méchanceté à tout.
Un des maux de notre littérature, c’est que nos savants ont peu d’esprit, et que nos hommes d’esprit ne sont pas savants.
Quand il s’agit des actions d’autrui, nous sommes très clair-voyants, l’esprit ne nous manque point pour critiquer, et nous sommes surs à un cheveu près, d’en trouver tous les défauts, et de découvrir les moindres imperfections.
Tout en remarquant l’ilotisme auquel est condamnée la jeunesse, nous étions étonnés de la brutale indifférence du pouvoir pour tout ce qui tient à l’intelligence, à la pensée, à la poésie.
Nous avons affaire à des hommes. Nous serions des naïfs d’espérer uniquement de l’intelligence et du dévouement. C’était fatal que nous rencontrions aussi l’abjection, la sottise.
Ce n’est pas l’intelligence qui nous distingue, mais la bêtise.
Nous dissimulons nos bonnes actions sous l’ironie et l’indifférence, comme si l’amour était synonyme de faiblesse.
Notre dégoût n’est point un défaut et une insuffisance des objets extérieurs, comme nous aimons à le croire, mais un épuisement de nos propres organes, et un témoignage de notre faiblesse.
Nous sommes condamnés par une morale surannée à passer de l’état naturel directement, à l’état d’imbécillité passive, fonctionnante, et d’humiliation abjecte.

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