Tant de livres nous font négliger le livre du monde ; ou, si nous y lisons encore, chacun s’en tient à son feuillet.
Écrivain · 1712-1778 Image : Maurice Quentin de La Tour · Domaine public · Wikimedia Commons Tant de livres nous font négliger le livre du monde ; ou, si nous y lisons encore, chacun s’en tient à son feuillet.
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Source vérifiée
Émile, ou De l’éducation (1782), livre V
… de tous les pays de l’Europe, il n’y en a point où l’on imprime tant d’histoires, de relations de voyages qu’en France, & point où l’on connaisse moins le génie & les mœurs des autres nations!Tant de livres nous font négliger le livre du monde; ou, si nous y lisons encore, chacun s’en tient à son feuillet.Quand le mot Peut-on être Persan? me seroit inconnu, je devinerais, à l’entendre dire, qu’il vient du pays où les préjugés nationaux sont le plus en règne, & du sexe qui les propage le plus.
Texte du domaine public, transcription Wikisource (CC BY-SA).
Trop de lecture ne sert qu’à faire de présomptueux ignorants. De tous les siècles de littérature, il n’y en a point où l’on lût tant que dans celui-ci, et point où l’on fût moins savant.
On représente souvent la littérature comme une pyramide au sommet de laquelle il y a les grands auteurs, ceux qu’on doit absolument lire, puis tous les autres, qu’on peut oublier. Je ne vois pas vraiment les choses ainsi.
Parmi les plus grandes découvertes qu’ait faites la raison humaine ces derniers temps il y a, selon moi, l’art de juger les livres sans les avoir lus.
La littérature mène à tout… à condition d’en sortir.
Les livres n’ont pas d’importance : il n’y a que la vie qui importe, et seuls méritent d’être lus les livres qui se mettent à son service – seuls méritent d’être lus, en conséquence, les auteurs qui savent que les livres n’ont pas d’importance !
La littérature est encore la manière la plus agréable d’ignorer la vie.
La plupart des livres d’à présent ont l’air d’avoir été faits en un jour, avec des livres lus de la veille.
L’objet de la littérature est de nous apprendre à lire.
On a tout essayé pour trouver du nouveau : le roman sans histoire, le roman sans personnages, le roman ennuyeux, le roman sans talent, peut-être même le roman sans texte. La bonne volonté a fait rage. Peine perdue, on n’est parvenu à créer que le roman sans lecteur. C’est un genre connu depuis longtemps !
À force de lire et de lire, le monde est mort, et nul n’est devenu savant !

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