Nous sommes faits de la vaine substance dont se forment les songes, et notre chétive vie est environnée d’un sommeil.
Poète, 1564-1616 Image : Attributed to John Taylor, Domaine public, Wikimedia Commons Nous sommes faits de la vaine substance dont se forment les songes, et notre chétive vie est environnée d’un sommeil.
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12 Livres de William Shakespeare
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Nous sommes faits de l’étoffe dont sont tissés les songes, et notre vie si courte a pour frontière un sommeil.
Nous sommes tous faits de l’étoffe des rêves, et notre petite vie est entourée de sommeil.
Nous sommes un peu comme des éponges qui aspirons la vie sans le savoir et qui la rendons ensuite, transformée, sans connaître le travail d’alchimie qui s’est produit en nous.
Le sommeil ressemble à l’art, lui aussi nous abrite de la réalité et nous délivre des limites de notre moi.
Chaque jour, par tous les moyens, nous rendons la vie plus ennuyeuse, plus vaine. Un seul mot résume tout : gaspillage. Nos pensées, nos énergies, nos vies même ne servent plus qu’à créer de l’inutile, du malsain, du déraisonnable.
Le sommeil dévore l’existence, c’est ce qu’il y a de bon.
Quand on aime la vie, on dort.
Le sommeil est dans la vie le seul monde à nous, car la veille nous plonge dans l’illusion commune, dans l’océan de ce qu’on nomme réalité.
Seuls la mort et le sommeil innocentent les hommes. La naissance fait de nous des païens, et la vie des carnassiers ou des puceaux.
Un philosophe grec enseignait que ne pas être né est le plus doux des états. Mais moi je pense que c’est plutôt le sommeil. On est mort, et pourtant vivant. Il n’y a pas de sensation plus exquise.

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