Est-il défendu d’aimer à avoir des rivaux ?
Écrivain, 1810-1857 Image : Charles Landelle, Domaine public, Wikimedia Commons Est-il défendu d’aimer à avoir des rivaux ?
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Œuvres complètes de Alfred de Musset: édition ornée de 28 gravures da̓près
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Celui qui est amoureux de soi a au moins l’avantage de ne pas avoir trop de rivaux.
On a beau prétendre qu’on se moque des interdits, de la morale, des mœurs établies, dès qu’on s’en exclut il faut puiser quotidiennement dans son énergie pour se persuader qu’on est néanmoins dans la bonne voie, celle du désir, de la vérité, de l’amour.
Exiger la fidélité n’est-ce pas agir en égoïste et en présomptueux ? Voulons-nous réellement le bonheur de l’être aimé quand nous lui réclamons sa fidélité ?
C’est dur d’aimer dans les limites du possible, du respect du droit… À vouloir trop avoir, on y perd ses acquis…
Il ne suffit pas de mépriser une passion, pour ne pas l’éprouver.
La tempérance – comme la prudence, et comme toutes les vertus peut-être – relève donc de l’art de jouir : c’est un travail du désir sur lui-même, du vivant sur lui-même. Elle ne vise pas à dépasser nos limites, mais à les respecter.
Le vrai contentement n’est ni gai, ni folâtre ; jaloux d’un sentiment si doux, en le goûtant on y pense, on le savoure, on craint de l’évaporer.
On en vient à aimer son désir et non plus l’objet de ce désir.
Trop de beauté, c’est un peu comme trop de bonheur ; on se demande si l’on aura la force de le supporter.
Pas plus qu’on ne peut se retenir de goûter à certains gâteaux ou de faire l’amour avec certains corps, on ne saurait refuser à certains poignards, à certains pistolets, l’acte qu’ils appellent de toute leur admirable forme.

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