- C’est la puissance oblique qui nous récompense de nos lâchetés. Le diable, c’est que la vertu est régulièrement punie. Ainsi va le monde des forces, et l’ironie est le langage du diable.
- Le mot de passion nous avertit fortement ici, car il désigne un esclavage et un malheur.
- La connaissance craque, aussi bien que l’amour, aux hommes sans courage.
- Les idées, même les plus sublimes, ne sont jamais à inventer, et elles se trouvent inscrites dans le vocabulaire consacré par l’usage.
- Le plaisir est une affection que l’on voudrait prolonger, que l’on recherche, et qui dépend de certaines choses et de certaines situations bien déterminées qui le procurent aussitôt.
- Le style est la poésie dans la prose, je veux dire une manière d’exprimer que la pensée n’explique pas.
- Il y a une bonté qui assombrit la vie, une bonté qui est tristesse, que l’on appelle communément pitié.
- Le premier fruit de la sagesse est le travail.
- La justice est une idée d’avare.
- Les quatre vices principaux correspondent aux quatre vertus. Ce sont la lâcheté, l’intempérance, l’injustice et la sottise.
- L’écriture, de même que le dessin, fait connaître à la fois le modèle et l’homme. Seulement, parce que le modèle d’écriture est commun à tous, ici c’est la nature de l’écrivant qui saute aux yeux en quelque sorte.
- Les nations étant inévitablement plus bêtes que les individus, toute pensée a le devoir de se sentir en révolte.
- Il n’y a qu’une méthode pour inventer, qui est d’imiter. Il n’y a qu’une méthode pour bien penser, qui est de continuer quelque pensée ancienne et éprouvée.
- Ce qui fait le jésuite, c’est qu’ayant pesé les moyens extérieurs de persuader, éducation, imitation, opinion unanime, il les juge suffisants, par un profond mépris de la sagesse individuelle, qui examine sans fin et ne fait rien.
- Je tiens que, pour l’ordinaire, c’est notre nature sincère qui s’exprime dans les songes; et songe n’est point mensonge, sinon en ce sens qu’il représente ce qu’on voudrait, non ce qui est.
- Une femme est belle à seize ans, mais veut plaire à trente. La voilette est un moyen simple. Tout décor, tout dessin considéré derrière un grillage ou un filet prend du style... La voilette produit le même effet.
- Sage, le sourire est sensible; fou, le rire est insensible.
- Toute conscience est d’ordre moral, puisqu’elle oppose toujours ce qui devrait être à ce qui est.
- Le soleil est bon, la pluie est bonne, tout bruit est musique. Voir, entendre, flairer, goûter, toucher, ce n’est qu’une suite de bonheurs. Même les peines, même les douleurs, même la fatigue, tout cela a une saveur de vie.
- Le sourire est la perfection du rire. Car il y a toujours de l’inquiétude dans le rire, quoique aussitôt calmée; mais dans le sourire tout se détend.
- Le sourire ne fait pas attention; les yeux embrassent tout autour de leur centre.
- Toute douleur veut être contemplée, ou bien elle n’est pas sentie du tout.
- La poésie est le plus ancien récit, et je croirais bien que c’est la poésie qui nous a d’abord consolés du langage.
- Toute vie est un chant d’allégresse. Ils disent bien que Beethoven a vaincu la douleur; mais ils n’expliquent pas du tout Beethoven par là; n’importe vivant remporte la même victoire; le mendiant aussi; le chien aussi, sans doute.
- Nous n’avons pas toujours assez de force pour supporter les maux d’autrui.
- Si les locomotives étaient conduites comme l’Etat, le machiniste aurait une femme sur les genoux.
- Savoir, c’est comprendre comme la moindre chose est liée au tout.
- Comment vous portez-vous ? » Qui pense à cette forte expression «se porter», qui exprime si bien notre travail de tous les instants, ce paquet que nous ne pouvons point séparer de nous ?
- Désordre dans le corps, erreur dans l’esprit, l’un nourrissant l’autre, voilà le réel de l’imagination.
- L’amour n’est pas naturel; et le désir lui-même ne l’est pas longtemps. Mais les sentiments vrais sont des oeuvres.
- L’amour est sans patience. Peut être il espère trop, peut être la moindre négligence lui apparaît elle comme une sorte d’insulte.
- L’oeuvre peinte nous avertit mieux que la chose; elle nous arrête; elle nous ramène. Elle finit par nous apprendre qu’il vaut mieux voir un même tableau cent fois qu’en voir cent une fois; mais il faut aider l’oeuvre, mettre de soi, jurer de soi.
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